Quelques impressions d'un court séjour à Nice (15/11/2005) dans une atmosphère tout à fait inhabituelle à ce qu'en disent les habitants…

…Les mouettes rivalisent d’adresse dans le vent… pour une miette de pain. Leur cri mat occupe le gris immense de la brume. Pigeon vole toi aussi tant qu’il est possible…

Au début tout va mal… Une météo infecte… Des orages dans l’air sur la Provence/Côte d’azur. Les feuilles tombent avec la pluie. Les dernières feuilles.. Les premières pluies. Les vagues déferlantes se brisent sur la plage de galets… Précipitant une faible lumière sur la terre. …filtrant à travers les nuées. Un orage à tout casser. Des trombes d’eau… Les passants se déplacent sous le néon des réverbères… engoncés dans leur vêtement de pluie. …parfois nu-tête… Méditerranée par gros temps… La lumière grise des jours sans soleil. Les vagues parfois émaillées d’irisations… Quatre jours entiers pour en être pénétré. Le gris de toute peinture serait-il vraiment l’ennui? Proscrit par Delacroix. Comment le croire?

Le gris est neutre et apparemment sans expression On peut faire du gris en mélangeant du blanc et du noir. Ce n’est un secret pour personne! Mais aussi en mélangeant du bleu avec du jaune et du rouge et du blanc. Ou encore en mélangeant n’importe quelle paire de couleurs complémentaires. Ne pas sous-estimer le gris. Couleur de la mort et alors! La matière grise… Une impression d’immobilité et d’abstraction. N’empêche que pour construire le clair obscur… Froid…

La musique ensuite. C’est pas classique! Le pur bonheur d’un «Tzigane» de Ravel interprêté avec superbe et maestria par Olivier Charlier. Tout autant que le chant de Monâjât Yultchieva modulé par le souffle de l’émotion transfigurée par les notes perlées des luths. La grande chanteuse d’Ouzbekistan. Magicienne qui redonne vie aux anciennes mélodies. La voix et l’âme…

Volets verts sur fond de murs jaunes. Vert de gris. Du beige au bleu-gris.. Celui des carrosseries reluisantes. …des uniformes de la légion étrangère. Les coques blanches des grands yachts s’alignent sur l’eau verdâtre du port. Sans reflet… Souvenir de marinas… Pas de voiles enverguées.. Les barques de pêches s’enquillent. Sans retour ni désir…

A-t-il jamais fait beau à Nice? Les nuages défilent… Le vent s’applique sur l’écorce grise des pins… …giflée par les embruns …depuis je ne sais quand… Depuis l’époque des cathédrales antiques de Nikaia? Si ça se trouve…

On peut penser… Ne pas penser… Plus pertinemment observer… Qu’est-ce qui a tué Nicolas de Staël? 147 toiles en 5 mois avant de se précipiter dans le vide à Antibes… face à la mer… Trois expositions internationales en vue… Le dos au mur… Surmenage inouï qui le projette la tête en bas sur le pavé… Ce n’est qu’une hypothèse… Mais le fait est… Frisson d’angoisse et de terreur. Et sous les yeux… La mer couleur cinéraire …aux feuilles cendrées.

Une odeur de bitume émane des chantiers de la voirie. Âpre et inattendue. Couleur d’ardoise l’asphalte. Et dans la perspective du ciel… Mise en abyme. Darjeeling s’affiche sur les panneaux publicitaires… L’air canaille d’une petite culotte qui fait dans la dentelle… Des formes exposées à la vue… Déshabillé affriolant… L’accent mis sur la féminité. Je la veux!

Où est la lumière de l’azur en Provence tant vantée par les peintres? Au bar du Negresco. Sous son dôme grotesque… Noyée dans un cocktail…

Plus tard… Que dire des œuvres de Rauschenberg? Sérigraphies sur cuivres gris. Sur aluminium. Ah c’est réussi! Désacralisation aboutie de l’art… Après avoir tenté de tout détruire… …la déconstruction et le spectaculaire ont gagné droit de cité… En des lieux d’exposition permanents et fossilisés. Quel public? Et qui ne verra de l’art que ce qui est dans les musées… Et qui ne se bouscule! Un regard appelé à rebondir… Un gain de liberté pour un résultat somme toute médiocre. Merci pour nous… Et à présent faire quoi? Tenter de recoller les morceaux? Retour à la forêt primordiale… En autant qu’il en reste… Les bruits de tronçonneuses dans le parc… Dialogue de sourd…

Au final… Plus rien ne nous retient… Créativité libérée ou mise en péril? Confronté à la perplexité et à l’angoisse… Animal que je suis, je choisis la fuite… Je m’enfouis sous les draps… Esquivant tout ce qui m’inquiète… La luminosité sur l’horizon est promesse… Bleu-gris la mer triture les galets… La promenade des Anglais aligne ses palmiers…

Et toi Calliope? Que dire de toi … Incroyablement belle sans le savoir. Offerte… Tu assagis ma passion. Tu es ma rédemptrice. Ne cesse pas d’écouter ma musique…

Nice gris style… Notre amour au beau fixe…

Robinfp.

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Nice gris style 1 (Acrylique sur carton toilé 40*60)

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Nice gris style 2 (Acrylique sur carton toilé 40*60)

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Nice gris style 3 (Acrylique sur carton toilé 40*60)

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Nice gris style 4 (Acrylique sur carton toilé 40*60)

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Nice gris style 5 (Acrylique sur carton toilé 40*60)