En janvier 2006, notre ami Rachid RESET se donnait la mort. Pas un coup de tête… Mais une action mûrie de longue date, comme la lettre suivante le montre bien. Il est certain qu'une grosse goutte d'eau a fait déborder un vase déjà bien plein… On avait pu espérer, les uns et les autres, arriver à lui tenir la tête hors de l'eau… Mais décidément, il y a trop de connards et leur malfaisance a dépassé l'influence de notre amitié. Son acte est un bras d'honneur à l'adresse de la société après qu'il se soit fait envoyer dans les cordes par un employeur méprisant … Comme on le comprend! Ne gardez pas, comme Rachid, un révolver à portée de la main… Il y a tellement d'occasions de s'en servir… F.R.

Mon Cher François,

C'est avec une belle émotion que je viens de recevoir ton courrier présentant le programme des festivités et libations.


Je te remercie de me donner une telle importance, qu'elle me rassure en ces moments où l'agenda de ma vie se compte en heures, en jours et non en mois. Je ne puis prévoir quoi que ce soit concernant mon avenir immédiat.

Je me trouve dans un état de survie végétative tel un vieil arbre dénudé, sans racines, asséché par le vent trop fort. Tendant mes mains comme des branches, mendiant un peu de vie, d'amour et d'amitié.

Le sentiment qui me domine est la peur, sans oser comprendre d'où elle provient. Peur de moi, peur de la peur, peur des spasmes de mon esprit qui s'affole et m'abandonne, peur de cette horrible sensation de terreur incompréhensible. Peur du trouble de ma pensée, de ma raison qui s'échappe, brouillée, dispersée par une mystérieuse et invisible angoisse. De cette absence totale de vision.

Que le désespoir génère en moi comme une étrange liberté, une folie intense et douce.

Qu'être désespéré, c'est toucher le fond de l'océan, marcher dans la mer sans bouteille d'oxygène au milieu des monstres et des vagues assasines.

Savoir dans une aveuglante lucidité, qu'il n'y a aucune différence entre la torture et la joie, entre une reine et une pute, que la scène de ce monde est obscène et, qu'il n'y a plus qu'à partir, fuir de l'autre côté de l'horizon.

Je deviens fou , mais que le fou n'est pas l'homme qui a perdu la raison; le fou est celui qui a tout perdu excepté la raison.

Étouffant dans ce monde mortifère, je deviens parano, je suis sûr que les rugbymens, lorsqu'ils se mettent en mêlée, c'est pour parler encore de moi… Tu vois quel niveau de pathologie est le mien.

Le paradoxe est que je vis une superbe histoire d'amour, mais que celle-ci se heurte sur le rempart de la raison molle.

En un mot, je suis dans un état d'impécuniosité désarmant, que le montant de l'adhésion représente pour moi, une semaine de nourriture. Je te remercie de l'attention que tu me portes, de telles marques d'amitié m'aident à supporter l'insupportable.Je me félicite de vous avoir pour ami, toi et tous les compagnons de route.

Je te remercie à nouveau mon cher François. Je mets fin volontairement à la présente pour ne pas te donner l'image de ma médiocrité, ma détresse et mon ennui de vivre.

Je t'aime mon cher François. Merci encore.

Pisqu'v'là cou'ça qu'est.

Rachid R 13/05/2005.

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Rachid au "Festival de Roudon" ce 24 septembre dernier, dansant avec Joëlle…

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Rachid et Marie

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Rachid est de la fête… Il dit un texte de Gaston Couté au grenier de "La Turne", ce 24 septembre 2005, à Roudon

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Rachid qui en conte à la conteuse…ce même 24 septembre 2005, à Roudon.

Photo Anne CONGÈS

"Capitaine ! Ô mon capitaine !...."

Il est parti en des mers lointaines, le pourfendeur des océans de la bêtise, le flibustier des marées du bar-tabac, le cap-hornier des petits-bonheurs, le grand courseur des utopies au long cours, le baleinier des pouvoirs outranciers, le patron pêcheur des voluptés côtières, le caseyeur des idées à pourfendre, leboucanier des îles fraternelles, le corsaire au pavillon rouge etnoir, le marin sans bannière ni croix, le radieux médusé par la beauté des femmes, le matelot des embardées ténébreuses, le loup de mer des coups de barre magistraux, (un loup de mer pouvant être tendre comme un agneau), le pirate des fréquences infréquentables, l'explorateur des contrées de l'imaginaire, le navigateur en quête d'épaules compatissantes, le mousaillon des bordées d'amour...

Il s'est embarqué pour les iles, absolues, infinies... Las de louvoyer entre les récifs du quotidien, de traquer dans le ciel 'Tinvisible étoile", de sonder les profondeurs de l'âme humaine, il a fait son dernier paquetage, fumé une dernière cope laissé quelques mots au rivage et puis... la chaloupe à la mer... Et qu'importe les brumes et les brouillards...

Il aimait les phares, surtout ceux de l'Ouest et encore plus celui d'Ouessant... Ce point furtif et lumineux qui guide les égarés et tentent de les préserver du naufrage... Oui il aimait les phares au point de devenir l'un de ceux-ci, au point de marier ses cendres à l'écume du Ponant...

Adieu "Capitaine Ô mon capitaine !", bonne route et bonne voile, je suis, et nous sommes, avec toi, au-delà et par delà, de cette "cargaison" hauturière qui laisse les cales vides mais qui amarre son coeur aux étoiles, qui pique son phare pour le planter au bout des mondes bien loin des môles de l* attente mais si proche des flots de l'errance et des portulans du vivre.

Le samedi 18 mars de 17 h à 23 h en l'escale et auberge du Petit Breton nous échangerons en ton souvenir quelques cartes marines, quelques cartes au trésor; de celles que le coeur seul peut découvrir et partager.

Alan 06 mars 2006