Bon nombre de romans de Georges Simenon mentionnent la ville de Meung-sur-Loire comme toile de fond de la retraite de Maigret d'où l'on vient le débaucher pour débrouiller quelque nouvelle affaire… Notamment : "Les gens du Grand café" situe son action même à Meung-sur-Loire… Un écrivain ne peut être aussi précis du fait du seul jeu de sa propre inspiration ? Facétie de Simenon ou connaissance de la réalité en raison d'un séjour sur place. Le mystère demeure ! A vous de mener l'enquête…

Selon un article de Christian Chénot., paru dans la publication : "Reflets du Loiret" en 2003 :

"À en croire un certain Georges Simenon, (…), c’est à Meung-sur-Loire que le commissaire Maigret a pris sa retraite. Dans "Maigret aux assises" nous apprenons comment son épouse et lui firent acquisition de leur maison : «Ils étaient descendus, comme les années précédentes, dans un hôtel de Meung-sur-Loire où les patrons, les Fayet, les considéraient de la famille. Des affiches, sur les murs de la petite ville, annonçaient la mise en adjudication d’une maison en bordure de la campagne. Ils étaient allés la visiter, Mme Maigret et lui. C’était une très vieille bâtisse qui, avec son jardin entouré de murs gris, faisait penser à un presbytère.»

À l’origine, Jules, Joseph, Anthelme Maigret serait né en 1878, dans l’Allier, à Saint-Fiacre (autrement dit Paray-le-Frésil). Ayant dû quitter le Bourbonnais, suite à la mort de sa mère, il va à Nantes où il suit des études de médecine. Sa tante qui l’a recueilli étant décédée à son tour, il interrompt ses études et vient à Paris où il entre dans la police à 22 ans. De simple “hirondelle”, agent cycliste, au poste de commissaire divisionnaire chef de la brigade spéciale de la police judiciaire, Maigret gravit tous les échelons de la Grande Maison, l’essentiel de sa carrière se déroulant au 36 quai des Orfèvres à Paris.

Au total, de 1933 à 1972, Meung-sur-Loire est mentionné une cinquantaine de fois dans les diverses enquêtes relatées par Georges Simenon et le personnage de Maigret devient donc indissociable de cette ville.

À plusieurs reprises, (Maigret, Maigret à New-York, Maigret se fâche, Mlle Berthe et son amant, Le Notaire de Châteauneuf) des personnes viennent troubler sa retraite, le suppliant de retravailler pour elles et celui-ci finit par accepter. Par contre, il refuse de participer à l’enquête qui se déroule à Meung-sur-Loire (Ceux du grand Cafe?). Outre Châteauneuf-sur-Loire, le commissaire interviendra ainsi dans divers lieux du département du Loiret.

En 1944, pour ses nouvelles enquêtes, il découvre la forêt d’Orléans et le Gâtinais. Dans "Les Larmes de bougies", il débarque à la gare de Vitry-aux-Loges et ses recherches le conduisent dans un village clairière, sans doute Seichebrières. Enfin, dans "L’Auberge des noyés,"l’épilogue de l’intrigue se déroule à Montargis tandis qu’Orléans se retrouve aussi liée à diverses enquêtes.

Alors, Maigret à Meung-sur-Loire... fiction ou réalité ? ? C.C.

Dans les 2 volumes parus récemment dans la prestigieuse collection de la Pléiade, Meung-sur-Loire est cité dans Les Mémoires de Maigret et Maigret et les braves gens.

Portrait de Simenon par Erling

Les Lieux de Maigret

Approchant de la retraite, Maigret a acheté, à Meung-sur-Loire, une petite maison ressemblant à un presbytère. C'est là qu'il va passer le week-end en compagnie de son épouse dans "Maigret et le tueur".

Au paravant, il vait déjà mené des enquêtes, non loin de Meung, dans un hameau perdu de la forêt d'Orléans dans "Les larmes de bougies" et du côté de Montargis et Nemours dans "L'auberge aux noyés". Retraité, le commissaire réside à Meung où il cultive son jardin, taquine le goujon en Loire, joue aux cartes avec "Ceux du grand café"et rédige "Les mémoires de Maigret".

Toutefois, ses enquêtes ne sont pas terminées pour autant. On l'appelle à nouveau au secours et on vient troubler sa quiétute. Ce dont il n'est pas toujours mécontent dans "Maigret", "Maigret se fâche", "Melle Berthe et son amant", "Le notaire de Chateauneuf" et "Maigret à New-York".

Michel LEMOINE, "Les lieux de Maigret", Éditions Complexe.

De là à penser que Simenon aurait séjourné à Meung-sur-Loire, pourquoi pas ? De là, à voir Simenon se bagnauder à Roudon, dans les années 1930, quelle imagination ! Certains ont bien franchi le pas. Et vous ?

Menez l'enquête et écrivez-nous (contacts) le résultat de vos déductions…

QUELQUES INDICES…

INDICE 1 : "MAIGRET ET LE TUEUR", achevé le … Éditions des Presses de la Cité 30/10/1969

Page 95 : "Ils avaient beau avoir une voiture depuis un an _que Maigret n'avait jamais conduite_ Mme Maigret préférait s'en servir le moins possible dans Paris. Ils l'utilisaient surtout, le samedi soir ou le dimanche matin, pour gagner Meung-sur-Loire où ils avaient leur petite maison. _ Quand je prendrai ma retraite… Parfois, on pouvait croire que Maigret, pressé de la prendre, comptait les jours. D'autres fois, on sentait chez lui une certaine panique à la perspective de quitter le Quai des Orfèvres. "

Page 200 : "Maigret appela sa femme. _ Que dirais-tu d'aller passer le week-end à Meung-sur-Loire ?"

Page 201 : "Ils trouvèrent la maison aussi propre et aussi nette que s'ils l'avaient quittée la veille, car une femme du pays venait deux fois par semaine l'aérer, prendre les poussières et entretenir les parquets. Il était inutile de lui parler des nouveaux produits d'entretien. Tout était passé à la cire, les meubles aussi, et il régnait une bonne odeur d'encaustique. Son mari, lui, entretenait le jardin et Maigret découvrit des crocus dans la pelouse et, au pied de la murette du fond, à l'endroit le plus abrité, des jonquilles et des tulipes. Son premier soin fut d'aller au premier étage passer un vieux pantalon, une chemise de flanelle. Il avait toujours l'impression que la maison, avec ses poutres apparentes et ses recoins sombres, avec la paix qui y régnait, ressemblait à une maison de curé. Cela ne lui déplaisait pas, au contraire. (…) Ce soir-là, ils allèrent se promener à pas tranquilles, descendant jusqu'à la Loire qui, après les pluies du début de la semaine, roulait des eaux boueuses et charriait des branches d'arbres."

INDICE 2 : "MAIGRET", achevé en Juin 1933, à Porquerolles ; Œuvres complètes, Éditions Rencontre, Lausanne.

Page 277 : "Maigret descendit le premier, les pieds us dans ses pantoufles de feutre. Il avait passé à la hâte un pantalon et, tout en s'engageant dans l'escalier, il endossait le veston. À la huitième marche, il devait baisser la tête, à cause de la solive. D'habitutde, il le faisait sans y penser. Cette fois, il oublia et heurta la poutre du front, grogna, jura, quitta la cage d'escalier glaciale pour la cuisine où régnait encore un petit reste de chaleur."

Page 278 : "Une énorme lune nageait au-dessus des peupliers sans feuilles et rendait le ciel si clair que les moindres branches s'y dessinaient, et que la Loire, au-delà du tournant, n'était qu'un grouillement de paillettes argentées.Vent d'est!" pensa machinalement Maigret, comme l'eût pensé n'importe quel habitant du pays en voyant griser la surface du fleuve."

Page 281 : "Il était en smoking. Cela faisait un drôle d'effet dans la cuisine basse, au plafond à grosses poutres, au sol carrelé de rouge."

Page 383 : A parler franc, je vous avoue que je prendrais le premier train pour Orléans et que deux heures après je serais dans mon bachot à pêcher à la ligne."

INDICE 3 : " MAIGRET SE FÂCHE", achevé le 4/08/1945 Tout Simenon, Vol 1 Éditions Presses de la Cité.

Page 459 : "C'était le deuxième été qu'ils passaient dans leur maison de Meung-sur_loire depuis qu'il avait pris sa retraite.(…) Ce que Maigret appréciait le plus dans sa maison, c'était cet endroit où ils se trouvaient, un endroit qui n'avait pas de nom, une sorte de cour entre la cuisine et le jardin, mais une cour en partie couverte, qu'on avait meublé peu à peu, au point d'y installer un fourneau, un buffet, et d'y prendre la plupart des repas. cela tenait un peu du patio espagnol et il y avait par terre des carreaux rouges qui donnaient à l'ombre une qualité toute spéciale.

Page 460 : Il entendit le bruit du heurtoir qui se répercutait dans les pièces vides et ombreuses de la maison comme une cloche dans un couvent. Quelqu'un frappait à la grande porte.(…) Elle (Mme Maigret) avait à peine eu le temps de disparaître dans l'ombre de la maison qu'une petite porte s'ouvrait dans le mur du jardin, la petite porte verte, donnant sur la ruelle, par laquelle n'entrait que les familiers.

Page 465 : Mme Maigret qui avait dû tout entendre, se tenait derrière la porte du vestibule. - Qu'est-ce que tu fais, Maigret ? questionna-t-elle, le voyant se diriger vers l'escalier à boule de cuivre.

INDICE 4: " MAIGRET À NEW-YORK", achevé le 7/03/1946 Tout Simenon, Vol 1 Éditions Presses de la Cité.

Page 575 : "Une fois à la retraite, dans sa maison de Meung-sur-Loire, il s'était levé plus tôt encore, souvent, l'été, avant le soleil qui le trouvait debout dans le jardin."

INDICE 5 : " LES MÉMOIRES DE MAIGRET", achevé à Meung-sur-Loire, le 27/09/1950. Tout Simenon, Vol 4, Éditions Presses de la Cité.

Page 846 : "nous venions d'acheter notre maison à Meung-sur-Loire et nous passions tous les dimanches que j'avais à l'aménager. (…) Il (Georges SImenon) est venu nous y voir. Le cadre l'a tellement enchanté que, dans le livre suivant, il anticipait les évènements, me vieillissait sans vergogne et m'y installait définitivement. (…) Ici je n'ai pas de bureau. Je n'en ai pas besoin. Quand il m'arrive de travailler, je m'installe à la table de la salle à manger, et Louise en est quitte pour rester dans la cuisine, ce qui ne lui déplaît pas."

INDICE 6 : "MAIGRET AUX ASSISES", achevé le 23/11/59, à Vaud. Livvre de poche, Éditions Presses de la Cité.

Page 10 : "L'avenir, au cours des trois semaines passées dans la Loire, s'était matérialisé en même temps que les Maigret achetaient enfin la maison où s'écouleraient leurs vieux jours.

Cela s'était fait presque à leur corps défendant. Ils étaient descendus, comme les années précédentes, dans un hôtel de Meung-sur-Loire où ils avaient leurs habitudes et où les patrons, les Fayet, les considéraient de la famille.

Des affiches, sur les murs de la petite ville, annonçaient la mise en adjudication d'une maison en bordure de la campagne. Ils étaient allés la visiter, Mme Maigret et lui. C'était une très vieille bâtisse qui, avec son jardin entouré de murs gris, faisait penser à un presbytère.

Ils avaient été séduits par les couloirs dallés de bleu, par la cuisine aux grosses poutres qui était de trois marches en contrebas du sol et qui avait encore sa pompe dans un coin ; le salon sentait le parloir de couvent et, partout, les fenêtres à petit carreaux découpaient mystérieusement les faisceaux du soleil.

À la vente, les Maigret, debout au fond de la pièce, s'étaient plusieurs fois interrogés du regard et ils avaient été surpris quand le commissaire avait levé la main tandis que des paysans se retournaient… Deux fois ?… Trois fois ?… Adjugé !

Pour la première fois de leur vie, ils étaient propriétaires et, le lendemain déjà, ils faisianet venir plombier et menuisier.

Ils avaient même, les derniers jours, commencé à courir les antiquaires de la région. Ils avaient acheté, entre autres, un coffre à bois aux armes de François 1er, qu'ils avaient placé dans le couloir du rez-de-chaussée, près de la porte du salon, où se trouvait une cheminée de pierre."

Page 83 : "Il y avait un petit vin de la Loire, tout près de Meung et de la maison qui ressemblait à un presbytère."

INDICE 7 : "LE NOTAIRE DE CHATEAUNEUF", achevé en 1938 à La Rochelle. Œuvres complètes, Éditions Rencontre, Lausanne.

"Il n'y avait pas moyen d'être plus loin de l'aventure et de toute possibilité d'imprévu que Maigret ce matin de Juillet, dans son jardin entouré de murs bas derrière lesquels coulaient la Loire.

De ces murs crépis à la chaux et couverts d'espaliers, des plates-bandes arrosées la veille au soir, des rectangles de laitue pâle, des cloches à melon, de toutes choses on croyait voir monter dans le soleil comme une transparente buée de chaleur, et les mouches engourdies semblaient avoir peine à avancer dans un air trop épais.

La pipe au dents, un vieux chapeau de paille sur la tête, Maigret pataugeait béatement dans un carré de tomates si mûres qu'elles s'écrasaient, saignantes, sur le sol, quand il leva la tête, surpris d'aboid d'entendre une voiture s'engager dans le chemin, qui ne conduisait nulle part, plus étonné que cette voiture s'arrêtât devant sa porte.

(…)Maigret ne voulait pas avoir l'air d'aller au-devant du visiteur. Il restait là, dans son jardin, à écouter les portes s'ouvrir et se refermer, des pas sur les dalles grises du couloir, puis dans la salle à manger, et enfin la voix de sa femme.

_ Vous allez le trouver au jardin…

Il n'y avait qu'un rectangle d'ombre contre la maison et dans ce rectangle, une table de fer, un banc peint en vert, une fontaine d'émail et une serviette accrochée au mur pour se laver les mains quand on venait de travailler la terre.

INDICE 8 : "MADEMOISELLE BERTHE ET SON AMANT", page 1, TOME IX Œuvres complètes, Éditions Rencontre, Lausanne.

"Monsieur le Commissaire, Je me rends compte , croyez-le de l'audace qu'il y a à troubler votre retraite et je me rends d'autant mieux compte que j'ai entendu parler de votre charmante maison des bords de Loire. (…) Vous serez sans doute étonné de recevoir cette lettre dans votre ermitage, dont il est si difficile de se procurer l'adresse."

INDICE 9 : "CEUX DU GRAND CAFÉ", La Rochelle, juillet 1938, pages 527, 528, 531, 533, 535, 542, 548, 556, 559, 560-561, 563 ; TOME IX Œuvres complètes, Éditions Rencontre, Lausanne.

"Certes, il connaissait tout le monde à Meung-sur-Loire, où il s'était retiré. Il n'avait pas honte d'être à la retraite, de cultiver son jardin et de bricoler dans son cabanon au bord du fleuve. Il lui arrivait d'entrer au Grand Café, le plus moderne, près du pont, d'y boire un demi ou, à l'occasion, un apéritif à l'eau."

(…) "Maigret chaussait volontiers ses sabots vernis pour aller jusqu'au pont et, au temps des vendanges, puis ensuite pendant un mois encore, on buvait des fillettes de petit vin blanc nouveau."

(…) "Car par les baies du Grand-Café, on voyait, presque en face, les grilles et les marbres de la boucherie"

(…) " Le jeu reprit. Maigret crû voir entrer le pharmacien et le docteur, qui allaient faire un billard dans la seconde salle, mais qui ne s'attardaient jamais avec les manilleurs."

(en sortant du Grand-Café) "Il (Maigret) devait suivre ainsi la rue jusqu'au troisième bec de gaz, puis tourner à droite." (…) Quant à lui, il tourna à droite, comme d'habitude, ne tarda pas à pousser sa porte d'un geste familier et à renifler, comme il le faisait chaque soir, les odeurs de cuisine

(…) "Quand le marteau fit résonner le heurtoir,"

(…) "Elle se dirigea vers la porte et partie tout déroutée, se retourna, une fois dans la ruelle, persuadée qu'on allait la rappeler."

(…) "Tu ne peux pas faire un effort, imaginer ce bout de rue, près du pont, le Grand-Café avec, l'été, sa terrasse et ses lauriers dans des tonneaux verts; en face la grille rouge de la boucherie…"

(…) "_ J'ai (Maigret) fait un jacquet… avoua-t-il.

_ Au Grand-Café ?

_ Non, au Commerce…"

(…) "Deux jours après, on monta au cimetière, et les Maigret en revinrent bras dessus, bras dessous, par un temps idéal qui ne laissait pas place pour les idées noires."(…) Mme Maigret, cette fois, eut l'adresse de se taire et de continuer la promenade, car le couple avait abandonné la route pour revenir par le bord de la Loire.(…) Ils marchaient lentement, tous les deux, tout en écartant les hautes herbes sur leur passage, et des chardons restaient accrochés au pantalon de l'ancien commissaire.(…) Il s'arrêta, faisant de petits yeux à cause du soleil, et contempla le paysage qu'égayaient les eaux murmurantes de la Loire.

_ Tu serais capable toi ? questionna soudain Mme Maigret, comme ils allaient ateindre la venelle qui, du bout de la rivière, conduisait au mur de leur jardin."

Avec tous ces indices, il doit être facile de localiser la maison décrite par Simenon pour la retraite du commissaire Maigret… N'est-ce pas ? Donnez-nous votre avis par e-mail à roudondiffusion@free.fr