ou l'homme dans le cosmos… François ROBIN (texte et peintures)

 

« Voici que dans la quarante-troisième année de ma course temporelle, alors que je m’attachais avec beaucoup de crainte à une vision céleste, toute tremblante, je vis une très grande splendeur dans laquelle une voix se fit entendre du Ciel, me disant : Homme fragile, cendre de centre, pourriture de pourriture, dis et écris ce que tu vois et entends. »

Hildegard von Bingen

 

…Qui n'a pas un jour tiré des plans sur la comète ? Et tenté de plier la nature à ses vues… Désir de jardin. Histoire de retrouver les gestes éternels auxquels ajouter sa propre histoire. L’enchantement de la conception. Une fois le gîte assuré, et parfois même avant, donner vie à ses rêves sur un coin de la terre. Rien alors ne paraît insurmontable…

Faut-il garder tous les arbres présent sur le terrain? La haie doit-elle être aménagée ? Faut-il garder le vieux pommier épuisé ?

Mais une idée des couleurs à n'en pas démordre… La couleur s'imagine. Monochrome… Une ou deux… Mauve comme le nom de la rivière… Et blanc ? Une toile de fond incontournable… Verte… Entre deux haies d’Eleagnus ebengui pour son feuillage versicolor persistant en hiver.

Juste un plan pour se faire comprendre des interlocuteurs : ce qu'il convient de préserver, le terrain disponible pour les plantations ; rendre compte de la forme générale… De la conception d’ensemble… Rien de plus…

Les senteurs se devinent… À proximité coule la rivière… Et au-delà, c’est le bois. Dans la perspective trône un Ginko biloba. Il inscrit le projet dans la durée. Deux mille ans et guère avec… Son choix ne souffre pas l'ombre d'une discussion. Il est une donnée de l'épure. Deux peupliers d’Italie vénérables… Visibles de loin, il sont le lien entre le ciel et la terre. Des antennes dressées en direction de l’univers…

Le décor est planté… Il faut avoir dessiné son jardin… Et une fois le décor planté, sa permanence est assurée…

En faisant un jardin, ne cherche-t-on pas à créer un concentré de l'univers ? L'univers a un centre… Le nombril du monde. Et ce centre sera matérialisé par un arrosage circulaire fiché au beau milieu du jardin. Tondre l'herbe à partir de ce point de repère. Concentriquement. Et délimiter le pourtour du parterre à l'aide d'une ficelle de dix mètres tendue à partir d’un piquet central. Tracé au cordeau. Semis de fines graines de cosmos blanc (Cosmos bipinnatus « sensation purity ») tout autour… Que l’on retrouvera protégées par un sachet doré au fond d'un tiroir chez Vilmorin. Les semer, dans l'orbe de quatre cerisiers, fleurs blanches aussi et fruits convoités dont la cueillette se fait à bout de bras, juché sur une échelle, en équilibre instable… Et attendre les surprises que la nature nous réserve…

Quelques surprises plus tard, dans ce pré envahi d'herbes sauvages… Désherber le cosmos dès que l’herbe devient discernable… Patiemment… Un genou à terre, des heures durant, harcelé par des dizaines de "vacheries" de simulies.

Mais que serait le Cosmos sans Chronos ? …D'un mortel ennui… Le temps crée le mouvement… Celui du vent comme celui du vivant. Le chaos se complique du mouvement. Est-il d'ailleurs un jardin hors du temps ? Le temps qui sépare les semailles de la floraison. Deux mois au bas mot! Le temps d'une saison… Les quatre saisons…

Un cadran solaire, voilà ce qu'il convient d'ajouter! À moi la gnomotique ! Et tout d'abord un trou… Y ficher le gnomon. Direction : plein nord. Sous cette latitude, un angle de 45° avec le sol fera l’affaire.

…Et de l'eau! Tranquillité des nymphéas… Des iris sauvages qui poussent à foison dans le jardin d’eau bordant la Mauve. Iris à fleur jaune. Des carex en touradon… Sorte de roseaux ayant développé à travers le temps une espèce de tronc de paille comme en font les palmiers. Il faudrait un cheval de trait pour le déraciner tant la racine se cramponne au lit de la rivière ! Donc on laisse…

Un jardin vertical aussi… Cannes de bambous figurant des cannes à pêche sur lesquelles s'agrippent jasmin d’été et d’hiver, tout comme le chèvrefeuille et le houblon, la renouée. …sur un fond de bambous importés d’Anduze.

…Tout ce que l'on peut espérer, c'est accompagner la nature… l'observer d'abord… Bien l'observer… Puis, la peigner dans le sens du poil… Rien ne sert de tenter de lui imposer ses vues… C'est elle qui, de toutes façons, décide en tout… C'est elle qui a le dernier mot… Pas la peine de s'échiner… De s'escrimer… à planter des Iris du Japon dans le jardin d'eau… Ceux que l’on avait acheté végétaient plus ou moins… Par contre, à deux pas de là, les iris sauvages récupérés dans les bois proliféraient à qui mieux mieux… Même lieu, mêmes conditions atmosphériques, même sol… Vouloir imposer ses couleurs à la nature relèverait de l'utopie…

Mais y regarder de plus près tout est jaune ici… Pas seulement les iris, mais les pissenlits, les boutons d'or des marais, le forsythia, bien d'autres plantes encore, dont le nom m'est inconnu… Le cœur de la fleur de Cosmos… Alors… Jaune, blanc… plus logique que mauve… Quel que soit le nom des rivières…

Au matin, l'ombre du gnomon s'oriente vers les pensées, jaune safran, les désignant avant la moindre tentative d’action. Bien logique !

Le vent, après avoir pris son élan dans la plaine, vient terminer sa course dans le cosmos tout en faisant le mariole dans les peupliers. Baroud d'honneur…En lisière.

Le jardin donne une idée de la "vision du monde" de qui le crée… Un monde où la couleur s'impose plus qu'on ne l'impose. En lisière du ciel. Un monde parfumé aussi, d'où l'humidité exhale les senteurs. Un état de paix "au naturel", d'où naissent des fleurs qui suscitent des émotions colorées…

On est dans la petite Beauce. La terre est bien grasse… Les taupes fouillent… Les corbeaux volent le ventre en l'air pour ne pas y voir la misère ! Et les chats s'en vont la queue en arrière… C'est vous dire qu'il va faire beau !

Il y a cette année-ci des libellules (Dragenflies) à foison… Quelques Piérides du chou caracolent… lucioles blanches trémulantes, feux follets de plein jour. Leur trajet s'inscrit dans l'espace, apparemment de façon anarchique. L'air en garde-t-il la trace ?

Vu du haut des peupliers, le jardin a tout l’air d’un bonhomme… À partir de la cour, tête, cou, bras, corps et les deux jambes qui conduisent à la rivière… Un bonhomme entièrement recouvert d’herbe… Baignant dans le cosmos… Avec le gnomon en guise de bistouquette ! En marge, deux massifs ronds figurant le soleil et la lune et, outre les cosmos, tout un lot de plantes et d’arbustes conservés ou installés en fonction des couleurs astrales… L’homme dans le cosmos !

Créez donc un jardin ! Planter un arbre ne suffit pas. …Tel que la nature en convient et quoique l'homme y fasse, le jardin s'organise de lui-même. Des années après, la nature continue et s'insurge. Des myriades de boutons d'or et de pâquerettes. Sans que quiconque les ait un jour semés… Pas aussi simple qu'il y paraît… Il faut savoir se soumettre aux lois de la nature pour pouvoir prétendre l'apprivoiser… Un tant soit peu… Ne pas s’entêter… Mais alors…

Allez… Adieu le mauve ! Ce sera rouge orangé, jaune et blanc ! Les couleurs que peut prendre le soleil dans sa course quotidienne.

RobinFP "Tour de jardin" : Une série de 8 peintures (acrylique sur toile)

Tout sur le cosmos (la fleur) ici

Ainsi commence la relation d'une année d'évolution d'un jardin placé sous le signe du cosmos et des réflexions qu'une telle entreprise ne manque pas de susciter…

François Robin est non seulement médecin passionné de botanique et phytothérapeute, mais écrivain, peintre et jardinier à ses heures. Il a associé son expérience et ses convictions écologiques pour créer un espace magique, à la lisière des bois, dans le bassin des Mauves (Petite Beauce) : « Un Jardin dans le cosmos ».

C’est un jardin de peintre. L’homme tente d’y fait bonne figure, cerné par le végétal. Fleurs de cosmos, entre autres, arbres et arbustes s’y mêlent à d’étranges sculptures incluses sur le fond vert d’une végétation foisonnante. Du blanc au jaune, au rouge orangé, voir au rouge, ce jardin passe par toutes les couleurs astrales.

C’est aussi une tentative d’écrire ce jardin… L’expression d’une pensée primordiale à l’état naissant, sensible et réactive, guidée, dans la confrontation bienveillante avec l’univers végétal, par le fil de trame du vivant.

on pourra se procurer l'ouvrage correspondant en cliquant sur le lien suivant :

Ci-dessous, quelques aperçus photographiques du "Jardin dans le cosmos"à différentes heures et différentes saisons… Bonne visite !

DSCN1397
P1010356DSCN1181

Photinia "Red Robin" et L'arbre aux miroirs

Le cadran solaire et le "soleil"

Hydrangea Snowqueen et la gloriette

DSCN0272DSCF2315DSCN1099

Le jardin dans le cosmos

Couleurs astrales

Le pommier en fleurs

DSCF2255DSCF2316DSCF2312

Les euphorbes voisinent avec la "lune"

Au temps de la glycine et du lilas

Le genêt en fleurs et le havre à bâteau